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Le Quotidien - 2021-05-01

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UN PROGRAMME DE SÉCURISATION CULTURELLE

ACTUALITÉS

GUILLAUME ROY JOURNALISTE DE L’INITIATIVE DE JOURNALISME LOCAL groy@lequotidien.com

Avec plus de 65% de clientèle autochtone, Airmedic travaille de près avec les communautés qu’elle dessert, mais l’entreprise souhaite maintenant pousser la démarche encore plus loin en lançant un programme de sécurisation culturelle. « Depuis le début de nos opérations, Airmedic travaille de très près avec les communautés autochtones, parce que dans les communautés isolées, le seul moyen d’accéder à un service de santé spécialisé dans les grands centres, c’est d’utiliser notre service d’ambulance aérienne », explique d’emblée Sophie Larochelle, présidente-directrice générale d’airmedic. En travaillant de près avec les communautés, Airmedic a toujours été sensible aux différentes réalités culturelles, poursuit-elle, mais l’entreprise a décidé d’officialiser la démarche de sécurisation culturelle en créant un comité à cet effet. À la tête de ce comité, Airmedic a nommé Jessie Lepage, une inhalothérapeute innue native de Mashteuiatsh. « Cet hiver, on a discuté de l’enjeu de sécurisation culturelle et la direction avait le même intérêt que moi à en faire davantage », souligne la mère de deux enfants qui est également conseillère pédagogique. En plus de son emploi à plein temps, elle poursuit ses études pour devenir enseignante en formation professionnelle et technique. Ce bagage professionnel et culturel faisait en sorte qu’elle était la personne tout indiquée pour monter un programme de sécurisation culturelle pour les employés. « Avec mes racines innues, ce sujet m’interpelle, dit-elle. Tous les humains ont droit à la sécurité, à la dignité et au respect dans toutes les sphères de leur vie. C’est pourquoi on met en place des outils de communication pour démontrer qu’on prend leur santé à coeur, qu’on est conscient de leur réalité, pour qu’ils aient confiance en nous. » Par exemple, les évaluations médicales ne se font pas de la même façon dans un contexte autochtone, ajoute cette dernière. « On travaille avec des médecins qui travaillent dans le Grand Nord pour mettre en place la meilleure façon de faire les évaluations », dit-elle. D’autres approches, comme le contact visuel, sont aussi très importantes pour développer une relation de confiance. Étant donné la barrière de la langue et l’importance d’une communication claire en situation d’urgence, des outils de communication avec des pictogrammes sont en train d’être développés, avec des chiffres pour indiquer le degré de douleur. Des manuels, des formations et des conférences seront aussi offerts à tous les employés. Au-delà d’une formation académique, Airmedic souhaite aussi offrir des séjours d’immersion dans les communautés autochtones, notamment à La Romaine, sur la Basse-côte-nord, où Airmedic opère une de ses bases. « Le contact humain est très important et on souhaite que les employés puissent passer un ou deux jours dans les communautés pour vivre leur réalité, en allant à la pêche, à la chasse, ou encore pour participer à un powwow », souligne Jessie Lepage. À l’heure actuelle, Airmedic compte trois employés autochtones, mais le transporteur aérien souhaite instaurer un programme d’intégration qui sera piloté par le comité de sécurisation culturelle pour augmenter ce nombre, remarque le directeur des communications, Jean-patrick Laflamme. En plus de Jessie Lepage, deux autres employés innus travaillent à la base de La Romaine, pour la gestion de la base et pour la gestion du carburant. « On souhaite développer les compétences pour qu’ils progressent avec nous », ajoute Sophie Larochelle. Au cours des prochains mois et prochaines années, Airmedic souhaite par ailleurs développer de nouvelles bases pour ses avions, notamment à Opitciwan, sur le territoire atikamekw, et à la Baiejames, avec les Cris. « On travaille aussi sur des projets d’héliport pour augmenter le nombre de dessertes dans différentes régions », ajoute Sophie Larochelle, qui estime qu’il existe des lacunes de couverture au Québec. Bon an, mal an, Airmedic, qui compte 150 employés, réalise environ 1000 transports d’ambulance par avion.

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