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Le Quotidien - 2021-05-01

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DES AVANCÉES SCIENTIFIQUES ÉCLAIRCISSENT LES CAUSES

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GUILLAUME ROY JOURNALISTE DE L’INITIATIVE DE JOURNALISME LOCAL groy@lequotidien.com

Au cours des cinq dernières décennies, les recherches scientifiques sont venues éclaircir les causes du glissement de terrain de Saintjean-vianney. Contrairement aux croyances populaires avancées après la tragédie, le glissement de terrain n’a pas été causé par une rivière souterraine. C’est plutôt un premier glissement de terrain, survenu le 28 avril, qui a été l’élément déclencheur de la catastrophe en générant suffisamment d’énergie pour liquéfier une énorme masse d’argile sensible. Selon Didier Perret, chercheur scientifique à la Commission géologique du Canada, et spécialisé dans les glissements de terrain, il est clair que la catastrophe du 4 mai 1971 tire son origine d’un plus petit glissement de terrain, survenu le 28 avril, qui a emporté une surface d’un hectare, le long de la rivière aux Vases. Ali Saeidi, professeur titulaire de la Chaire de recherche du Canada en prévision et prévention des risques liés aux aléas hydro-géotechniques, à l’université du Québec à Chicoutimi (UQAC), abonde dans le même sens. « L’événement du 28 avril a été l’élément déclencheur du glissement de terrain du 4 mai, car la pente est alors devenue plus abrupte, ce qui a ajouté de la pression sur le terrain, où l’on trouvait une couche d’argile sensible ». À son état stable, l’argile peut être très solide, lui permettant de soutenir de lourdes charges, comme des maisons. Mais dans certaines conditions, l’argile peut perdre 90 % de sa résistance, en se liquéfiant. « Le premier glissement de terrain a généré de l’énergie, sous forme de vibration, qui a remanié l’état de l’argile », explique Ali Saeidi. La surface d’argile sensible couvrait 32 hectares, soit l’équivalent de 47 terrains de soccer. « La plupart des grands glissements de terrain dans la vallée du Saint-laurent se produisent au printemps, près des cours d’eau, car c’est à cette période que la fonte des neiges survient, augmentant la pression de l’eau dans le sol et le pouvoir érosif des rivières », remarque Didier Perret, en ajoutant que la présence d’une pente assez raide est nécessaire pour déclencher un glissement de terrain. Ces dépôts argileux ont été créés au fond des mers qui recouvraient la région quand les glaciers ont fondu, il y a 10 000 ans. Après s’être affaissé sous le poids des glaciers, le continent s’est surélevé, faisant émerger les plaines argileuses hors de l’eau. L’argile s’est formée en présence d’eau salée, mais avec le temps, cette eau salée a été remplacée par de l’eau douce. « L’eau douce a modifié la chimie de l’argile, de telle sorte que lorsqu’on brasse ces argiles maintenant, elles peuvent se comporter comme un liquide », renchérit Didier Perret. UN GLISSEMENT 45 FOIS MOINS GROS QU’EN 1663 Fait particulier, le glissement de terrain de 1971 à Saint-jean-vianney s’est produit dans les débris d’un précédent glissement de terrain survenu en 1663. À l’époque, c’est un séisme survenu dans Charlevoix qui avait causé l’événement, qui a couvert une surface 45 fois plus grande ! Alors que le glissement de terrain de 1971 couvrait 0,32 km2, celui de 1663 en couvrait plus de 14 km2. Pas surprenant que le territoire ait reçu le toponyme « Terres rompues » par les premiers Jésuites ayant visité le secteur, dont François de Crespieul dès 1673. « Normalement, après une rupture, le terrain devient stable, mais il arrive assez rarement qu’un deuxième glissement ait lieu au même endroit », remarque Ali Saeidi. C’est d’ailleurs le mélange des sédiments du premier glissement de terrain, où l’on retrouvait davantage de sable, qui a limité les dégâts. UNE MEILLEURE GESTION DES RISQUES Depuis la tragédie de Saint-jean Vianney, les connaissances scientifiques se sont grandement améliorées et le Québec est désormais un leader en termes de prévention des risques, estime Didier Perret, citant le programme de cartographie des risques mis en place au début des années 2000. Et la recherche se poursuit encore aujourd’hui pour mieux comprendre le phénomène, notamment avec la Chaire de recherche du Canada en prévision et prévention des risques liés aux aléas hydro-géotechniques obtenue à L’UQAC en novembre 2020. Avec ses étudiants, le titulaire de la Chaire, Ali Saeidi, cherche à modéliser les couches d’argile dans le sol, afin de mieux prévenir les risques. Des recherches sont aussi en cours sur le site de Saintjean Vianney, à la demande de la Ville de Saguenay, afin de s’assurer de la sécurité du site. Finalement, son équipe cherche aussi à savoir quelle quantité d’énergie est nécessaire pour liquéfier différents types d’argile.

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