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Le Quotidien - 2021-05-01

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LE BITCOIN, UN CANCRE ENVIRONNEMENTAL

ACTUALITÉS

STEEVE FORTIN redaction@lequotidien.com CHRONIQUE

Avec l’envolée du prix du bitcoin, la cryptomonnaie a la cote auprès de tous les types d’investisseurs. Cette ruée vers l’or virtuel nécessite une puissance de calcul massive pour laquelle les ressources matérielles et énergétiques sont de plus en plus remises en question. Cette monnaie invisible laisse toutefois une empreinte environnementale bien réelle. L’appât du gain au détriment de l’environnement ne date pas d’hier, certes, mais la prolifération des infrastructures de cryptomonnaie en fait désormais, en volume, une industrie de grands pollueurs. DE L’OR SANS LE PIC ET LA PELLE Les transactions de cryptomonnaies telles que le bitcoin s’effectuent grâce à une puissance de calcul décentralisée, c’est-àdire que la charge de travail est effectuée par une multitude de processeurs situés à différents endroits. Les participants, appelés mineurs, utilisent beaucoup de matériel informatique afin d’effectuer le plus grand nombre de calculs dans le but d’obtenir la plus grande rémunération. Un bitcoin se transige actuellement à plus de 67 000 $, ce qui fait en sorte que de plus en plus de mines voient le jour, augmentant par le fait même la demande de matériel de calcul. D’ailleurs, les cartes graphiques d’ordinateurs pour les jeux vidéo sont prisées des mineurs pour leur puissance de calcul, créant ainsi une pénurie et une augmentation des prix. Les amateurs de jeux vidéo sur ordinateur sont les premières victimes de cette ruée vers l’or virtuel. Tout ce matériel, fonctionnant en permanence à plein régime, s’use relativement rapidement, n’ayant une durée de vie que de quelques années seulement. Cette surconsommation de ressources matérielles a un impact majeur sur l’environnement, générant un surplus de déchets électroniques difficiles à recycler. CONSOMMATION ÉNERGÉTIQUE TITANESQUE Bien que le minage ne génère pas de pollution visible au même type qu’une usine conventionnelle, la consommation énergétique requise prend une ampleur alarmante. D’ailleurs, selon le Cambridge Centre for Alternative Finance, en Angleterre, la consommation énergétique du bitcoin dépassait, en 2019, celle de pays comme l’argentine ou la Suède. Même si une partie de l’électricité provient de sources renouvelables, il n’en demeure pas moins que 70 % des mineurs de bitcoins se situent en Chine, où les normes environnementales ne sont définitivement pas une priorité. Les mineurs se tournent de plus en plus vers les énergies renouvelables afin de limiter l’empreinte écologique, certes, mais c’est surtout dans le but de réduire les coûts de production, car l’électricité constitue l’une des plus grosses dépenses. En Iran, où l’électricité est produite majoritairement à l’aide d’énergies fossiles, de nombreuses infrastructures de bitcoins ont vu le jour, provoquant même certaines pannes électriques en raison de son caractère énergivore. AU QUÉBEC Le minage de cryptomonnaie nécessite un flux massif de ressources tout en créant peu d’activité économique de proximité. En effet, les infrastructures de bitcoins nécessitent peu de main-d’oeuvre, d’autant plus que les équipements utilisés proviennent principalement de Chine. Or, la principale dépense d’une installation de ce genre se situe dans sa consommation énergétique, faisant du Québec une terre fertile et accueillante. Au Québec, les grandes entreprises qui consomment beaucoup d’électricité bénéficient d’un tarif préférentiel (tarif L), ce que l’industrie de la cryptomonnaie aimerait bien obtenir, mais qu’hydro-québec lui refuse, pour le moment. J’ai vu passer un sondage, dans les derniers jours, à propos du fait que les Québécois ne veulent pas augmenter leur facture d’électricité pour des projets comme GNL Québec. Dans le même ordre d’idée, seriez-vous prêts à augmenter votre facture d’électricité pour la cryptomonnaie, étant donné que celle-ci ne génère que très peu de retombées économiques locales ? Poser la question, c’est y répondre, et dans le cas des mines de bitcoins, au risque de manquer le bateau, il faut tout de même, en tant que société, prendre en compte de manière significative le facteur consommation énergétique versus les retombées économiques. LE BITCOIN EST LÀ POUR RESTER, MAIS À QUEL PRIX ? La devise est désormais là pour rester, mais il faut toutefois mettre un peu d’ordre dans ce Far West numérique dans lequel une infime partie des joueurs s’accaparent la majorité des profits. C’est quand même ironique de constater à quel point le bitcoin s’est éloigné de sa philosophie de départ, celle de la liberté d’une devise sans frontière. En effet, bien que la devise demeure universelle, ses activités de minage sont situées principalement en Chine, ce qui n’a rien pour rassurer les investisseurs. Pour ce qui est de l’environnement, la consommation énergétique ne cessera de croître au rythme de la devise. C’est quand même bluffant de voir à quel point une transaction numérique peut générer un si grand impact environnemental. D’ailleurs, en début d’année 2021, Tesla a acheté pour 1,5 milliard de dollars américains en bitcoin, créant par le fait même une augmentation sans précédent de la devise. C’est encore une fois l’argent qui mène le monde, car Tesla, ce grand leader de l’énergie verte, dont les voitures sont vendues partout dans le monde, à l’aide des subventions gouvernementales, décide d’investir dans une devise polluante. La conscience environnementale est pour plusieurs relative aux profits.

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