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Le Quotidien - 2021-05-01

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LA CHINE A-T-ELLE VRAIMENT L’ÉPIDÉMIE SOUS PARFAIT CONTRÔLE ?

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JEAN-FRANÇOIS CLICHE jfcliche@lesoleil.com

Et quand on connaît l’historique de « transparence » du régime chinois, il est entièrement normal de se méfier de ces statistiques. Après tout, les médias d’état et les politiciens de ce pays ont agité toutes sortes de fausses théories sur l’origine du coronavirus — qu’il serait venu de l’extérieur de la Chine sur de la viande surgelée [go.nature.com/3vnkiwo], ou encore que l’armée américaine l’aurait sciemment implanté dans l’empire du Milieu [bit.ly/3e3xpal] —, avec toujours comme point commun de dévier les blâmes pour le début de la pandémie. Il n’y a donc aucune raison de croire à ces chiffres avant de les avoir croisés avec d’autres sources. Sauf que justement, quand on le fait, il apparaît qu’ils tiennent la route. Il ne s’agit que du nombre de cas détectés, qui est toujours très en dessous du nombre réel, mais l’idée générale que la Chine est parvenue à juguler rapidement l’épidémie sur son territoire et à la maintenir strictement sous contrôle par la suite est attestée par plusieurs autres « points de données », comme on dit. Il existe au moins trois « études de sérologie » qui ont analysé le sang de gens dans la ville de Wuhan, là où le virus est apparu en premier et où le plus de gens devraient l’avoir attrapé, à la recherche d’anticorps contre la COVID-19. Cette méthode « échappe » beaucoup moins de cas que les tests PCR passés sur une base volontaire et donne donc une idée beaucoup plus juste de l’ampleur de l’épidémie. Parues dans Nature – Medicine [go.nature.com/3u6swjv], The Lancet [ bit.ly/3dzmfyg] et le JAMA – Network Open [bit.ly/3dz2pi6], toutes trois arrivent à peu près à la même conclusion : autour de 5 % seulement de la population de Wuhan a des anticorps contre la COVID-19. En outre, l’étude de The Lancet a fait des suivis jusqu’en décembre 2020 et n’a pas trouvé d’augmentation des anticorps, signe que le virus n’a pas ou seulement très peu circulé à Wuhan après la première vague. Celle de Nature – Medicine a montré que la prévalence diminuait à mesure qu’on s’éloignait de Wuhan, ce qui confirme que dans cette ville où la proportion de gens infectés est la plus élevée en Chine. Et celle du JAMA – Network Open a détecté très principalement un type d’anticorps (immunoglobuline G, ou IGG) qui dure plus longtemps que les autres, et très peu d’une autre sorte d’anticorps (les IGM) qui disparaît assez rapidement après une infection. Comme les prélèvements sanguins ont été faits entre la fin mars et mai 2020, cela suggère qu’il y a eu très peu de transmission à Wuhan après la première vague (décembre 2019 à février 2020). Certes, si 5 % des 11 millions de personnes qui vivent à Wuhan ont des anticorps, cela signifie qu’environ 550 000 personnes ont été infectées, ce qui est un bon 10 fois plus que le chiffre « officiel » de 50 000 cas confirmés pour cette ville [bloom.bg/3aqrslr] — et même jusqu’à 15 fois si l’on ne considère que les résultats de The Lancet, qui sont un peu plus élevés (6,9 %). Le nombre de nouveaux cas chinois que l’on peut voir un peu partout sur le Web (Worldometer, Our World in Data, etc.) est donc très clairement et très largement sous-estimé. Mais on ne peut pas en déduire que le régime chinois « cache » des cas : c’est simplement que cet indicateur (le nombre de cas confirmés par tests PCR) est toujours très en dessous du nombre réel d’infections. Aux États-unis, par exemple, des travaux publiés dans Nature – Communications [go.nature.com/2pxszu6] ont conclu que le nombre de cas « officiel » sous-estime la propagation réelle par un facteur entre 3 et 20 ( !). Les statistiques chinoises tombent au beau milieu de cette fourchette, ce qui suggère qu’ils n’ont pas été trafiqués. Mentionnons également que le « succès » chinois a fait l’objet de reportages dans des revues médicales réputées comme le British Medical Journal [bit.ly/3gklqvm] et The Lancet [bit.ly/3e2mxjr], ainsi que d’autres avis d’experts [bit.ly/3nvvefs], ce qui ajoute de la crédibilité à la thèse voulant que la Chine a bien contrôlé son épidémie. La sévérité des confinements — dans certaines villes, un seul membre de chaque ménage était autorisé à sortir pour faire des emplettes une fois tous les deux ou trois jours — et la forte adhésion aux consignes sanitaires y auraient beaucoup contribué, selon ces articles.

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