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Le Quotidien - 2021-05-01

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LES DÉLAIS S’ALLONGENT

CHRONIQUE

MYLÈNE MOISAN

Lorsqu’un juge est nommé, il doit produire une liste des avocats devant lesquels il ne peut pas siéger, des amis, de la famille, des conjoints ou des ex. Une simple question d’impartialité. Sauf que, à la Chambre de la jeunesse de Québec, il semble qu’il y ait un nombre particulièrement important de relations à prendre en considération. « Cette situation est tellement compliquée qu’une “liste” a dû être fournie aux jeunes stagiaires de la DPJ afin qu’elles puissent s’y retrouver au moment de fixer les causes », m’écrit un lanceur d’alerte qui est familier avec cette cour. Il s’agit notamment de relations de couple, d’ex-conjoints ou d’amitiés que les juges ont décidé de conserver, ce qui est leur droit. N’empêche, selon ce lanceur d’alerte, la situation serait telle qu’elle « complique et retarde le traitement de ces affaires » en protection de la jeunesse. Juge en chef du Québec, Lucie Rondeau convient qu’il faut tenir compte des relations des magistrats dans l’assignation des causes, et pas seulement en jeunesse. « Les coordonnateurs sont bien informés de la liste d’avocats qu’un juge ne peut pas entendre. Alors on organise le travail à l’interne pour éviter ces situations-là. […] Ce n’est pas insurmontable, mais c’est sûr que ça leur demande une organisation, une planification. Pour la coordonnatrice [à Québec], ce n’est pas compliqué, mais c’est sur que ça demande un effort. Est-ce que faire un effort c’est compliqué ? Je ne pense pas. » Cela dit, elle admet que le cassetête est un peu plus compliqué ces temps-ci pour la Chambre de la jeunesse. « Il y a dix juges à Québec, il y a peut-être une situation ponctuelle parce qu’on a eu plusieurs nominations récemment, ça, j’en conviens. » Selon elle, les problèmes sont ailleurs. « On a un problème de délai à Québec. L’augmentation du volume à la chambre de la jeunesse [s’explique par] la complexité des cas, le fait que les dossiers présentent souvent de multiples motifs de compromission, et il y a une explosion de signalements. Ce que les juges rapportent aussi, c’est la difficulté de la stabilité des intervenants de la DPJ, il y a un roulement qui est très élevé. » Québec n’est pas le seul district où ça coince. « On a fait la demande au ministère de la Justice pour obtenir plus de ressources dans certaines régions qui sont en besoin », a indiqué la juge en chef sans les nommer. Québec est du lot ? « Je vous ai dit que les délais étaient longs… »

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