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Le Quotidien - 2021-05-01

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PLUS D’UN SIÈCLE DE LUTTES

LE MAG

PROPOS RECUEILLIS PAR LE PROGRÈS

Avant d’être élue présidente du Conseil central des syndicats nationaux du Saguenay-lac-saint-jean en mai 2019, Manon Tremblay avait été vice-présidente de cette organisation reliée à la Confédération des syndicats nationaux (CSN) pendant cinq ans. Elle n’en était toutefois à sa première expérience syndicale, puisqu’elle avait été présidente de son syndicat local pendant neuf ans. Elle prend la parole aujourd’hui dans le cadre de la Journée internationale des travailleuses et des travailleurs. La Journée internationale des travailleuses et des travailleurs est soulignée le 1er mai de chaque année. En 2021, c’est sous le thème «Sortons de la crise en santé et en sécurité » que les gens seront invités à marcher ou à défiler en voiture. Parlez-nous des crises engendrées par le coronavirus. Quel est l’état actuel des travailleuses et des travailleurs ? En raison de la crise sanitaire, un cortège d’automobiles a été privilégié. Et dans un souci environnemental, nous procéderons à la plantation d’arbres. La plupart de nos membres à la CSN ont continué le travail en services essentiels. Depuis un an, ces travailleuses et travailleurs se sont adaptés aux règles de la Santé publique, ce qui occasionne des problématiques de santé, autant physique que psychologique. Pour ceux qui doivent faire du télétravail, l’adaptation n’a pas toujours été idéale sur le plan de l’ergonomie, mais aussi avec les outils de travail, l’environnement et socialement. Les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration sont grandement touchés par cette crise, les travailleurs ne sachant pas s’ils conserveront leur emploi. La CSN défend les droits des travailleurs depuis 100 ans et plusieurs combats ont été menés au cours du dernier siècle. Selon vous, quelle a été la plus grosse victoire de votre organisation syndicale et quel est le principal combat des prochaines années ? Il est difficile pour moi de vous en nommer seulement une, parce qu’il y a eu tellement de luttes importantes pour l’amélioration des conditions de travail et de vie des travailleuses et des travailleurs et pour l’ensemble de la population. Vous savez, la CSN existait bien avant 1921 au Saguenay–lac-saint-jean, des combats colossaux ont été menés afin d’améliorer la classe ouvrière, comme la grève de 1942 à la Price Brothers de Kénogami. C’est à cette époque que le Code du travail a été créé, ce qui a eu comme effet le respect des travailleurs. Au début des années 1960, il y a eu la bataille pour la syndicalisation des hôpitaux pour améliorer les conditions de travail et de vie, de même que pour améliorer la santé des gens de notre région et obtenir des services publics gratuits. C’est ce qui a créé une classe moyenne au Saguenay-lac-saint-jean. Les luttes ouvrières ont permis l’arrivée de lois sur la santé-sécurité au travail, l’assuranceemploi, les services de garde et l’équité salariale, pour ne nommer que celles-ci. Nous voulons donc poursuivre nos luttes comme le projet de modernisation des lois en santé-sécurité (projet de loi 59), qui fera reculer l’ensemble des travailleuses et travailleurs, la continuité de l’équité salariale, l’amélioration des conditions de travail pour l’ensemble des travailleurs et travailleuses, sans oublier les services publics. Il faut rappeler à l’ensemble de nos membres et à la société les luttes qui ont mené aux conditions de travail existantes dans les milieux de travail et l’importance d’être syndiqué en 2021. L’enjeu du salaire minimum à 15$ revient souvent dans l’actualité. À quel point cette hausse pourrait-elle changer la situation des travailleurs touchés ? La pandémie nous a clairement démontré que le salaire minimum doit être rehaussé significativement et qu’il faut un coup de barre majeur. Le prix de l’alimentation et de beaucoup de services a augmenté en flèche, alors que les salaires ne suivent pas. Un meilleur pouvoir d’achat amènerait une effervescence économique plus grande. Pouvoir manger sainement, se loger et se vêtir sont des notions de base qui devraient être prises en compte par le gouvernement. La rareté de la main-d’oeuvre démontre bien que le salaire minimum offert n’est pas suffisant; les employeurs offrent déjà de meilleurs salaires pour la rétention et le recrutement du personnel. Notre revendication à 15$ de l’heure est peutêtre déjà dépassée ! Vous avez été élue présidente au Conseil central des syndicats nationaux du Saguenay-lac-saintjean en mai 2019, et quelques mois plus tard, la pandémie a frappé le Québec. Quel a été l’impact de la COVID-19 sur votre travail ? Nous avons dû nous adapter rapidement aux contraintes des règles de Le travail de préposée aux bénéficiaires a été mis de l’avant, au cours de la dernière année. Vous avez vous-même occupé cet emploi. Est-ce que ce métier reçoit toute la reconnaissance qu’il mérite ? Oh que non! Cependant, il faut reconnaître l’effort apporté par le gouvernement dernièrement en raison d’un besoin urgent de préposées, mais il reste beaucoup à faire. Ce travail très exigeant physiquement et mentalement n’est pas reconnu à sa juste valeur. Le gouvernement, qui est le principal employeur, fait sécurité comme la majorité de nos membres afin d’offrir le maximum de services malgré le contexte. Évidemment, la tâche la plus importante est d’aller à la rencontre des membres sur le terrain et nous avons contacté les présidences des syndicats afin de connaître l’état de la situation dans leurs milieux et de connaître leurs besoins. miroiter un salaire de 26$/heure aux préposées, mais ce n’est pas réellement ce qui passe sur le terrain. Des primes reliées à la COVID-19 sont accordées seulement à certaines préposées. Pour arriver à ce montant, plusieurs critères doivent être satisfaits et c’est ce qui occasionne beaucoup de frustration et de désinformation. On retrouve également beaucoup d’autres titres d’emplois importants qui existent dans le secteur de la santé – malheureusement sous-rémunérés – qui sont en contact direct avec les virus et également sans reconnaissance. Et du point de vue des conditions de travail, quel sera l’impact de la pandémie sur les métiers de la santé en général ? Malheureusement, les mesures d’austérité qui ont été appliquées depuis plusieurs années ont fragilisé l’attraction et la rétention des travailleuses et travailleurs envers le réseau. Malgré les beaux mots de notre premier ministre lors des conférences de presse, il n’y a vraiment aucun avancement dans la négociation des conventions collectives du secteur public, et ce, afin d’offrir des conditions de travail décentes pour conserver et attirer la main-d’oeuvre dans nos services publics. Les bottines doivent suivre les babines. De notre côté, à la CSN, les moyens de pression se poursuivent et les assemblées générales sont présentement en cours pour aller chercher les mandats de grève. Il faut poursuivre la sensibilisation des nouvelles générations à l’importance de s’impliquer auprès des organisations syndicales afin de promouvoir une vision collective de la société tant au niveau des conditions de travail que sociales. Je souhaite une bonne fête des Travailleuses et des Travailleurs à toutes et tous, syndiqués ou non. Sortons de la crise en santé et en sécurité !

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