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Le Quotidien - 2021-05-01

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LA PELOUSE PARFAITE N’EST PAS LA PLUS VERTE

TOIT & MOI

VALÉRIE MARCOUX

«Il faut changer notre perception de la pelouse parfaite», postule de prime abord l’agronome Lili Michaud qui réside à Québec. «Une pelouse parfaite, type «vert de golf», c’est tellement loin de la nature que ça implique qu’on va se battre continuellement contre elle pour tenter d’avoir une monoculture.» Ce n’est pas si évident de changer les idéaux d’une population, convient Mme Michaud. «Les compagnies d’engrais et de pesticides ont convaincu les gens que pour être un bon citoyen il faut avoir une pelouse «vert de golf», alors que c’est le contraire à mon avis. […] On ne peut pas avoir un «vert de golf» devant chez soi sans utiliser des pesticides», tranche celle pour qui les pesticides à faible impact et les biopesticides sont un dernier recours. Voici quelques façons d’éviter leur utilisation. «PRÉVENIR PLUTÔT QUE DE GUÉRIR» L’idée n’est pas d’abandonner l’entretien de sa pelouse et de laisser une jungle disgracieuse s’installer. On propose plutôt de diversifier les végétaux qui composent sa pelouse. En laissant, par exemple, le trèfle pousser librement. «C’est une plante extraordinaire à avoir dans son gazon», souligne Mme Michaud. Même les pissenlits, à qui plusieurs font la guerre chaque été, devraient être contrôlés plutôt qu’éliminés. Ils ont des vertus intéressantes pour les humains et sont très appréciés par nos précieux pollinisateurs. Le sol n’aimant pas être nu, on conseille de ressemer du gazon pour ne pas laisser l’opportunité aux plantes indésirables de s’installer. «Si j’ai une pelouse saine, vigoureuse et dense, il n’y a pas de place pour les plantes qu’on favorise moins», explique-t-elle. Des végétaux saints, vigoureux et en santé résisteront également mieux aux ravageurs et aux maladies. «NOS STANDARDS, IL FAUT LES CHANGER» Si une plante ou un insecte nous tracasse tout de même, la première étape est de bien l’identifier. Ensuite, on sera en mesure de choisir si une intervention est effectivement nécessaire où si nous pouvons nous montrer plus tolérants et attendre que la nature rétablisse elle-même l’équilibre dans notre cour. «Quand on a un aménagement diversifié, on a des arbres, des arbustes, des conifères, des légumes, des fines herbes, des fleurs; on a de tout et ça amène un faune diversifié. Très souvent, cette faune va aider à rétablir l’équilibre. Par exemple, si j’ai des coccinelles dans mon aménagement, elles vont manger les pucerons, je n’ai pas besoin d’intervenir. J’essaie autant que possible de laisser la nature agir», explique Mme Michaud. INTERVENTIONS PHYSIQUES Enfin, si on veut vraiment agir, l’agronome préconise les interventions physiques qui sont sans danger pour l’environnement et la santé. On peut arracher les végétaux non désirés afin de contrôler leur présence. Il existe des arracheurs de pissenlits très efficaces, souligne celle qui n’utilise pas le terme «mauvaises herbes» et qui ne désherbe même plus. Lili Michaud préfère utiliser le paillis dans ses plates-bandes et dans son potager, un autre exemple d’intervention physique. Pour contrôler les insectes ravageurs, on peut installer des barrières et des pièges afin qu’ils n’atteignent pas la plante à protéger. On peut aussi les ramasser à la main pour aider la plante à surmonter l’invasion. LE DERNIER RECOURS «Les pesticides à faible impact et les biopesticides, c’est vraiment en dernier recours. Par exemple, si je cultive des choux et que je vois qu’ils sont envahis par la pyrrhique du chou et que j’ai vraiment perdu le contrôle, alors peut-être j’utiliserai un insecticide à faible impact», partage Lili Michaud. La Ville de Québec aussi considère ces pesticides comme un dernier recours, peut-on lire sur son site Web. Sur son territoire, une réglementation encadre l’usage des pesticides près des points d’eau. Le Plan d’action sur l’agriculture urbaine 2020-2025 de la Ville de Québec prévoit «proposer un plan d’action pour restreindre davantage l’utilisation des pesticides les plus nocifs pour la biodiversité et pour la santé humaine.» Les enjeux portent principalement sur l’utilisation des néonicotinoïdes, toxique pour les insectes pollinisateurs, et le glysophate, un herbicide controversé présent notamment dans le Roundup de Mosanto Bayer et qui est «probablement cancérigène» selon l’oganisation mondiale de la santé (OMS). D’ailleurs, ce printemps, la ville de Laval est devenue la première municipalité au Québec à adopter une loi pour bannir les pesticides à base de glyphosate en milieu urbain.

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