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Le Quotidien - 2021-05-01

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LES ADIRONDACKS S’ENNUIENT DE NOUS… UN PEU

VOYAGES

MARIE TISON

MONTRÉAL — Les Adirondacks se sont ennuyés des randonneurs québécois. Mais juste un petit peu. D’un côté, cette région montagneuse du nord de l’état de New York a hâte de les voir revenir. D’un autre côté, elle éprouve une petite crainte à ce sujet. Normalement, les Canadiens représentent environ 20 % du tourisme dans la région des Adirondacks, selon James Mckenna, directeur général du Regional Office of Sustainable Tourism/lake Placid (ROOST). « C’est une proportion significative de l’industrie touristique à travers les Adirondacks », note-t-il. Les Québécois étaient particulièrement nombreux sur les sentiers de randonnée. Pour s’en convaincre, il suffisait de jeter un coup d’oeil sur les plaques d’immatriculation dans les stationnements près des points de départ des sentiers. « On n’a pas de données officielles, mais selon nos estimations, les Canadiens représenteraient de 20 à 40 % des visiteurs dans la région des High Peaks [où l’on trouve des sommets populaires, comme les monts Algonquin et Giant], indique Ben Brosseau, directeur des communications à l’adirondack Mountain Club. Il s’agit essentiellement de Québécois, mais on trouve aussi des Ontariens, notamment de la région d’ottawa. » Ces randonneurs ont dû rester au Canada, l’année dernière, en raison de la fermeture des frontières. « Comme bien des gens, on ne savait pas ce qui allait se passer, raconte James Mckenna. Mais ça a évolué au fil des mois et ça a fini par être une année très occupée. » « Beaucoup d’américains nous ont visités, surtout des gens de la région de la ville de New York, de la Pennsylvanie, du Connecticut et du New Jersey. Ça a pas mal compensé l’absence de nos amis canadiens », souligne James Mckenna, directeur général du Regional Office of Sustainable Tourism/lake Placid. Il y a eu autant de randonneurs sur les sentiers que lors d’une année normale, sinon plus, affirme Ben Brosseau. Cela a entraîné des problèmes de surutilisation, qu’on parle des sentiers eux-mêmes ou des stationnements. « Il faut comprendre que les sentiers des Adirondacks n’ont jamais été conçus de façon appropriée, déclare M. Brosseau. On les traçait en ligne droite, depuis le point de départ jusqu’en haut de la montagne, sans lacets. Les autres sentiers du Nord-est, que ce soit dans les montagnes Blanches ou les montagnes Vertes, ont été tracés de la même façon. Avec le passage répété des gens dans des conditions humides, avec la pluie, cela entraîne un sérieux problème d’érosion. » Comme M. Brosseau, James Mckenna s’attend à ce que les Américains soient encore très nombreux à visiter les Adirondacks l’été prochain. « Cette tendance devrait se poursuivre pendant encore un petit moment : les gens vont continuer à privilégier les voyages en voiture à proximité plutôt que les déplacements en avion. » PROBLÈME DE STATIONNEMENT Le directeur du ROOST espère quand même que la frontière ouvrira bientôt et que les Canadiens seront de retour. « Pour la région, économiquement, ce serait fantastique : plusieurs entreprises bénéficieraient d’un apport additionnel de visiteurs, confirme à son tour Ben Brosseau. Mais pour le réseau de sentiers, je suis un peu préoccupé. » Les randonneurs québécois se rappellent certainement les stationnements pleins à ras bord dès 8 h ou les files de voitures stationnées dangereusement le long de la route 73. « Un des problèmes, c’est que nous n’avons pas une capacité suffisante de places de stationnement pour faire face à la demande et nous n’avons pas les moyens de gérer cela », note M. Brosseau, directeur des communications à l’adirondack Mountain Club. La région a commencé à prendre des mesures pour atténuer le problème. La semaine dernière, le Department of Environmental Conservation de l’état de New York et Adirondack Mountain Reserve ont annoncé un projet pilote au sujet du stationnement sur cette réserve privée. Ce domaine donne accès à des sommets courus comme Noonmark, Gothics et Indian Head. À partir du 1er mai, il sera nécessaire de réserver en ligne une place de stationnement. Pour l’instant, il n’est pas question d’adopter une mesure semblable pour le stationnement d’adirondack Loj, qui donne accès à un grand nombre d’autres sommets populaires, comme les monts Marcy et Colden. Dans un avenir rapproché, on ne prévoit pas non plus la mise en place d’un système de permis pour la randonnée. « Avant l’implantation d’un tel système, L’ADK Mountain Club voudrait voir plus d’investissements dans les infrastructures, comme des toilettes à l’entrée des sentiers ou la reconstruction de sentiers endommagés, déclare Ben Brosseau. Nous espérons aussi voir des programmes d’éducation parce qu’on peut réduire les impacts de façon importante en éduquant les gens au sujet des principes Sans traces et en leur faisant connaître des sentiers de randonnée moins achalandés. » Il y a d’autres mesures dans le collimateur, proposées par un comité consultatif sur l’avenir de la région des High Peaks. Dès cette année, on devrait voir des navettes qui permettront de se rendre aux points de départ de divers sentiers à partir de vastes stationnements. À l’heure actuelle, on compte une seule navette, celle qui dessert le minuscule stationnement The Garden à partir d’un grand stationnement à Marcy Field. « Nous ne savons pas quand les Canadiens seront de retour, nous ne contrôlons pas ça, mais les choses vont continuer à se développer au cours des mois à venir et nous faisons notre planification en tenant compte d’un possible retour dès cette année, indique James Mckenna. Nous nous sommes ennuyés des Canadiens, nous voulons qu’ils reviennent profiter des Adirondacks. »

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