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Le Quotidien - 2021-10-09

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PÉNIBLE, MAIS GRATIFIANT

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SOLVIEG BEAUPUY sbeaupuy@lequotidien.com

« J’essaie de capter la petite étincelle, pas celle de la vie, mais celle de l’amour. J’essaie d’aller capter la douceur du bébé et la douceur du moment. » Photographe et cofondatrice de Portraits d’étincelles, Martine Gendron accompagne les parents frappés par le deuil périnatal, immortalisant le passage des petits êtres partis abruptement. Que le décès survienne en cours de grossesse, durant l’accouchement ou pendant la première année de vie du nourrisson, le deuil périnatal touche chaque année plus de 20 000 familles au Québec. La prise de photos peut faire partie du processus de deuil pour plusieurs parents. Et c’est dans cette optique que Martine Gendron, de Ferland-et-boilleau, a créé la Fondation Portraits d’étincelles, en 2015, avec trois autres femmes. L’organisme offre gratuitement un service de prise de photos et de retouche pour les parents affligés par le deuil périnatal, afin de les aider à traverser cette étape difficile et de laisser une trace de l’être aimé malgré sa courte existence. Martine Gendron a découvert ce service en 2011, aux États-unis, et elle a voulu l’adapter à la mentalité québécoise. La Fondation Portraits d’étincelles travaille en collaboration avec de nombreux bénévoles et avec le personnel hospitalier de toute la province afin de pouvoir offrir ce service. À ce jour, Martine Gendron compte près de 1100 demandes de parents qui désirent avoir une photo de leur enfant après qu’il ait quitté ce monde. « Avoir des photos peut faire une différence dans le processus de deuil, a confié la cofondatrice de l’organisme. Grâce à ces photos, les parents peuvent mettre un visage sur leur bébé décédé et le montrer, pour que leurs proches comprennent pourquoi ils ont de la peine. » Depuis dix ans, Martine Gendron souhaite aider les parents à traverser le deuil périnatal. Elle a d’abord travaillé pour la fondation américaine Now I Lay Me Down to Sleep, avant de s’en détourner et de créer Portraits d’étincelles, une fondation plus représentative des valeurs québécoises, et qui mise avant tout sur la discrétion, le dialogue et l’accompagnement. « On va jusqu’à dire à nos bénévoles d’éviter de mettre du parfum, de ne pas parler fort, de ne pas utiliser de flash ou de ne pas mettre des souliers qui font du bruit, pour ne pas déranger, a mentionné Martine Gendron. On rentre dans une bulle intime et on ne veut pas la briser. » Quand elle enfile son costume de photographe, Martine Gendron essaie alors de capter et de transmettre par ses clichés tout l’amour que les parents ont pour leur bébé, de manière à leur laisser un doux souvenir dans l’esprit. Celle qui a aussi perdu un enfant il y a quatre ans s’estime privilégiée d’avoir la chance de passer ce moment-là avec les parents endeuillés. Elle sent que son travail et son talent sont ainsi utilisés pour quelque chose d’humainement positif. La Fondation offre deux dossiers de photographies, un premier en noir et blanc avec des photos retouchées et un deuxième sans retouches. Martine Gendron s’est rendu compte qu’il était plus facile pour les parents de montrer des photos retouchées de leur bébé à leurs proches, mais qu’ils souhaitaient également recevoir le dossier avec les photos en couleur et non retouchées pour être sûrs que le visage de l’enfant n’a pas été modifié. Se rendre dans les hôpitaux pour prendre des photos de bambins récemment décédés, parfois encore minuscules, demande une bonne préparation et un mental d’acier. La Fondation Portraits d’étincelles compte un peu plus de 147 bénévoles pour l’ensemble du Québec. Chacun a reçu une solide formation, afin de ne pas être déstabilisé par la situation. « On prend beaucoup en charge nos bénévoles, a indiqué Martine Gendron, cofondatrice. On leur explique comment ça se passe, comment se comporter, quoi dire et ne pas dire, et à quoi s’attendre. » Les bénévoles ne sont pas rémunérés et les frais de matériel et d’essence pour les déplacements sont à leur charge. Une fois qu’ils se sentent prêts à prendre leur première photo, ils bénéficient en plus d’un coaching d’une vingtaine de minutes afin de faire des rappels et de les encourager. « Ils s’attendent tous à ce que ce soit pénible, vraiment difficile côté émotion, mais quand ils sortent de là, 99 % trouvent l’expérience gratifiante », a rapporté Martine Gendron. La première fois qu’elle s’est rendue à l’hôpital pour photographier un nourrisson, la cofondatrice de Portraits d’étincielles ne s’est pas sentie normale, car elle n’a pas versé une larme devant le triste spectacle qui s’offrait à elle. « Le fait d’avoir une caméra, ça crée un filtre, a-t-elle raconté. En plus, j’étais investie d’une mission, ce qui aide beaucoup à faire ce genre de travail. » Elle suggère d’ailleurs aux bénévoles d’être empathiques, mais pas sympathiques. « La peine appartient à cette famille-là. Il ne faut pas se l’approprier. Elle n’est pas à nous. Il faut juste être là pour les personnes, pour les accompagner et les réconforter », conseille la photographe. HISTOIRES D’ÉTINCELLES Depuis plusieurs années, la Fondation Portraits d’étincelles publie chaque premier du mois le témoignage d’un parent qui raconte l’histoire de son petit ange disparu. Cette année, à l’occasion de la Journée nationale de sensibilisation au deuil périnatal, qui a lieu le 15 octobre, la Fondation publiera un recueil, Histoires d’étincelles, rassemblant ainsi plusieurs témoignages de parents et de familles qui ont dû dire adieu trop tôt à leur bébé. « Ça les aide à faire le deuil et à passer au travers », a rappelé Martine Gendron en terminant.

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