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Le Quotidien - 2021-10-09

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QUAND « AUJOURD’HUI » DEVIENT «HIER»

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PHOTOS TIRÉES DE FACEBOOK, FONDATION PORTRAITS D’ÉTINCELLES

Il y a deux mois et demi, j’annonçais avec le plus grand des bonheurs, tranquillement pas vite, à mes proches et amis qu’« aujourd’hui », j’étais enceinte et que si tout se déroulait bien, que mon amoureux et moi allions accueillir cette petite vie que nous avions réussi à créer pour la mifévrier 2018. Le « aujourd’hui » est devenu malheureusement « hier ». Nous avons perdu notre bébé, notre étincelle de vie, notre petit bonheur sur deux pattes tant attendu. Pour mes grandes filles, c’est un petit frère ou une petite soeur qu’elles n’auront pas la chance de connaître. Un triste deuil à faire, même si ce petit bébé n’a été présent que quelques trop précieuses semaines. Certains m’avaient conseillé d’attendre avant d’en faire l’annonce. Tout l’monde sait que le premier trimestre est critique. D’autant plus que j’avais eu quelques petits soucis en début de grossesse. Les statistiques disent qu’une grossesse sur quatre ne se rend pas à terme. Je connais les risques, je les connais ces statistiques, car je suis bien placée en tant que cofondatrice de la Fondation Portraits d’étincelles. Mais vous savez quoi ? Je suis heureuse de m’être écoutée et d’avoir profité quand même pleinement de ces 10 semaines de bonheur, car du bonheur, sachez que j’en débordais et que pour moi, notre bonheur ne pouvait qu’être partagé ! Et puis, nous y avions mis tellement d’amour et de temps avec de multiples rendez-vous en clinique de fertilité. Moi, j’étais heureuse d’être enceinte, heureuse de pouvoir offrir ce beau cadeau de la vie à mon amoureux, afin qu’il puisse s’épanouir en tant que papa. Car il fera sans aucun doute un excellent papa. Et ne vous y trompez pas, nous allons retenter l’expérience dès que possible, après ce deuil. Je ne regrette pas de l’avoir annoncé autour de moi et d’avoir ensuite eu à partager notre perte, notre tristesse et notre peine, car je sais que la famille et les vrais amis sont là pour les bons moments comme pour les plus difficiles, et que leur compassion et leurs bons mots ne nous feraient que du bien. Par simple maladresse, un ami m’a dit que ma peine ne devait pas être si grande, car après tout, 10 semaines, ce n’était « pas grandchose » et que je devais être tellement habituée de voir des bébés décédés... De plus, je ne l’avais même pas pris dans mes bras contrairement à eux... Par expérience, ayant écouté des centaines de parents me partager leur histoire – cela fait sept ans que j’offre mes services de photographe aux parents endeuillés –, je peux vous affirmer sans me tromper que la peine ne se calcule pas en nombre de semaines. Que le deuil d’un bébé n’est pas plus facile à 10 semaines qu’à 26 semaines ou à 40 semaines. Chacun le vit différemment, car chacun a son histoire. Oui, je n’étais enceinte que depuis seulement 10 semaines, mais cela faisait déjà deux ans et demi que nous l’attendions et faisions des concessions pour cette grossesse. Deux ans et demi à rêver et à planifier ce que serait notre vie avec ce petit être en plus pour agrandir et consolider notre famille recomposée. Pour mon conjoint, il sera un premier enfant et pour moi, le troisième que j’ai toujours désiré. Et puis, à l’aube de la quarantaine, il ne nous reste pas 10 ans pour réaliser notre rêve, alors le chagrin et la déception n’en sont pas moins importants. Et sachez que même avec toute l’expérience acquise en tant que photographe en deuil périnatal, je n’étais pourtant pas préparée à vivre la perte de mon propre bébé, même si j’étais quelque peu « rassurée » de savoir comment le tout se passerait quand ma gynécologue me l’a expliqué. Au final, cela m’a fait du bien de pouvoir compter sur mon entourage. Je me suis rendu compte que je ne me serais pas vue vivre tout ce bonheur sans eux, et vivre cette tristesse en cachette, sans pouvoir expliquer pourquoi mes yeux se remplissent parfois d’eau sans crier gare, ces temps-ci. Comme je l’ai répété à plusieurs parents vivant cette même situation, ces dernières années : « Une minute à la fois deviendra une heure à la fois, pour devenir éventuellement un jour à la fois. » Ces petites étincelles, on ne les oublie jamais, mais sans aucun doute, elles nous apprennent à devenir plus forts. Dorénavant, je ne ferai pas qu’« imaginer » la douleur des parents qui sollicitent les services de la Fondation. À vous à qui j’ai parlé et que j’ai rassuré, maintenant, je le sais trop bien... On t’aime, mon bébé, et on ne t’oubliera jamais.

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