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Le Quotidien - 2021-10-09

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UN RESSAC DE L’ÈRE JEAN TREMBLAY

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MÉLANIE CÔTÉ mcote@lequotidien.com

Deux candidats en 2009, trois en 2013, quatre en 2017 et sept en 2021. Qu’est-ce qui explique cette montée d’intérêt pour la course à la mairie de Saguenay ? L’usure du pouvoir après l’ère Jean Tremblay, croit Danielle Pilette, professeure associée de gestion municipale à l’université du Québec à Montréal (UQAM). Et oui, cette situation pourrait favoriser la mairesse sortante Josée Néron. « Il y a eu pendant un certain temps le maire Jean Tremblay et à ce moment, le nombre de candidats était réduit. J’estime que la population se rangeait derrière lui. Après la fusion, il a été un bon porteur de dossiers, très médiatisé, un peu comme l’a été le maire [Gérald] Tremblay à Montréal. Mais vient l’usure du pouvoir et quand on sort d’une période où il y a eu beaucoup de consensus, les divergences d’opinions ressortent », explique Mme Pilette. Difficile, cependant, de tracer une tendance. Certaines villes ont beaucoup de candidats ; d’autres, très peu. Par exemple, cette année, à Montréal, 10 personnes se font la lutte pour la mairie, mais à Saint-eustache, le maire a été élu par acclamation, « ce qui est très rare dans les municipalités importantes ». « On en est donc réduits à faire des hypothèses » pour analyser ce genre de situation, indique Mme Pilette. Selon la professeure associée au département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de L’UQAM, dans la plupart des cas, à moins de l’avoir démérité, les maires élus obtiennent un deuxième mandat. Et dans le cas de la Ville de Saguenay, le nombre élevé de candidats favorisera sans doute un éparpillement du vote, pavant ainsi la voie à la réélection de la mairesse sortante, Josée Néron. À cela s’ajoute la pandémie, pendant laquelle plusieurs projets ont été ralentis par le confinement et qui a aussi permis aux maires et aux mairesses d’obtenir une nouvelle stature. Habituellement, on voit les instances municipales comme celles qui donnent des services – routes, égouts, aqueduc –, mais là, explique Mme Pilette, les Villes ont beaucoup travaillé avec la Santé publique. « Les maires et mairesses ont acquis une auréole de légitimité supplémentaire en donnant des services aux personnes, pas juste aux rues. Là-dessus, il y a une concertation à l’échelle du Québec. Et en général, les sortants vont bénéficier de cette auréole. Au municipal, c’est une belle occasion de manifester la reconnaissance », assure-t-elle, ajoutant que la pandémie devrait être plus « payante » pour les candidats des élections municipales qu’elle le sera lors du scrutin provincial en 2022. « Justin Trudeau en aurait bénéficié plus s’il avait déclenché ses élections plus tôt, au printemps », croit d’ailleurs la professeure. OUI, LES PARTIS ONT LEUR PLACE Selon Mme Pilette, les partis politiques ont leur place sur la scène municipale, car le programme électoral permet d’avoir une structure. Mais surtout, il y a un contrôle sur le chef par les militants. « Avant que la population ne se rende compte qu’il y a une déviation, le chef sera vite ramené par le parti, croit-elle. Ça assure une surveillance supplémentaire. » Sans parti, si quelqu’un est élu uniquement sur sa personnalité, le seul contrôle sera alors la rétroaction sur ses fautes, croit Mme Pilette. Et dans ce cas, pourquoi Josée Néron et son parti, l’équipe du renouveau démocratique (ERD), n’ont-ils réussi à rallier que quatre candidats sur 15 districts électoraux ? « Ça veut probablement dire que les intérêts sont très divergents à Saguenay », suppose Mme Pilette, qui ramène une fois de plus la situation à l’ère de Jean Tremblay. Là, les gens s’expriment, alors qu’ils ne le faisaient pas à l’époque du maire Tremblay. On en faisait abstraction. » L’autre hypothèse de la professeure est que la réponse pourrait se trouver de l’autre côté de la Réserve faunique des Laurentides. « C’est peut-être en réaction à une force politique à Québec. Le parti de la Coalition avenir Québec (CAQ) est fort dans les régions et il s’exerce en contrepoids. La Ville est bien représentée au pouvoir [avec la ministre Andrée Laforest], alors c’est la conjoncture idéale pour faire valoir ses intérêts. » Mais il faut faire attention à la mince ligne entre formation et parti politique, car il y a là une nuance, prévient Mme Pilette. Un parti est organisé. Il compte sur une plateforme électorale, des employés, des militants. La formation, quant à elle, est plutôt basée sur la personnalité du leader. Et à cette formation se greffent souvent des indépendants qui peuvent éventuellement se retirer si la « personnalité » de la formation ne leur convient plus.

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