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Le Quotidien - 2021-10-09

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«NE PAS BANALISER» LA FAIBLE PARTICIPATION CITOYENNE

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GUILLAUME PÉTRIN

Des centaines de maires ont été élus sans avoir eu besoin d’être confrontés au vote de la population. Des conseils municipaux en entier ont été officialisés sans même qu’un seul citoyen n’ait eu à se déplacer aux urnes. La ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, y voit là une forme de «marque de confiance». Mais estce vraiment le cas? Le Progrès s’est entretenu avec Bernard Généreux, ancien président à la Fédération québécoise des municipalités (FQM) et politicien bien connu dans la région. Il a été pendant plus de 20 ans maire de la municipalité de Saint-prime et préfet de la MRC du Domaine-duroy pendant près de 15 ans, fonction pour laquelle il tente un retour. «Oui, peut-être dans un bon nombre de cas, ça s’explique par la confiance, mais il ne faudrait pas que ça devienne l’argument passe-partout et un passe-droit. Il y a là une situation préoccupante, la problématique de l’implication des citoyens au sein de conseils municipaux», répond-il aux propos tenus par la ministre Laforest. En y réfléchissant, il croit que le phénomène de l’instantanéité à l’ère des médias sociaux pourrait être un élément à considérer. «Estce le résultat du contexte social de polarisation dans lequel on est depuis plusieurs mois, et même plusieurs années? Les dénonciations faciles et tout l’acharnement de certains utilisateurs sur les réseaux sociaux, il faut absolument s’en préoccuper et il y a une responsabilité du gouvernement à faire en sorte que ce soit tolérance zéro.» À cet égard, la ministre Laforest a lancé cette semaine le Plan d’action pour favoriser le respect et la civilité, qui comprend des mesures visant à mieux outiller les élus municipaux avec, entre autres, des formations pour leur faciliter la résolution de conflits, ainsi que contrer l’intimidation et le harcèlement. «Nous pouvons aussi tous contribuer à sensibiliser la population au fait qu’il y a des façons de s’exprimer et de se faire entendre dans le respect. Il ne faut jamais oublier que nos élus municipaux sont des gens dévoués qui sont d’abord et avant tout des humains», a-t-elle affirmé. Et comme le gouvernement municipal est une démocratie de proximité, cet enjeu de respect est un facteur primordial, croit M. Généreux. «C’est un niveau de gouvernance tellement accessible qu’une personne qui veut harceler et s’acharner n’a pas besoin de faire un grand détour. On a vu des situations où des gens ont démissionné en cours de mandat, car ils n’étaient plus capables.» «Je ne dirais pas que la démocratie est en péril, mais si ça devait s’accentuer, ça pourrait le devenir. On n’a donc pas à banaliser en disant simplement que le monde a confiance, car il y a plus que ça», conclut-il.

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