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Le Quotidien - 2021-10-09

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HYDRO-QUÉBEC MANQUE D’EAU POUR HAUSSER LE RÉSERVOIR MANICOUAGAN

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LAURA LÉVESQUE llevesque@lescoops.ca Les Coops de l’information

Après la communauté innue de Pessamit, c’est au tour de dame Nature d’empêcher le rehaussement du lac Manicouagan, un des plus grands réservoirs d’hydro-québec qui alimente des millions de consommateurs. À la suite d’une lutte judiciaire qui a commencé en 2016 avec la communauté autochtone de la Côte-nord, la société d’état a finalement obtenu le feu vert et annoncé, en juillet dernier, qu’elle allait inonder certains secteurs du réservoir pour atteindre un niveau de 355,9 mètres d’ici la fin de l’année. Une quinzaine de villégiateurs, situés dans une zone inondable, ont dû être expropriés pour cette raison. Confrontée à de trop faibles précipitations, Hydro-québec est forcée de repousser l’échéancier à 2022. Et pour rattraper le retard, la neige devra tomber en quantité record cet hiver. « Les scénarios les plus rapides de remplissage ne sont plus susceptibles de se produire cette année, en raison du contexte d’hydraulicité faible et de demande forte des derniers mois. À moins d’une situation exceptionnelle, la cote de 354 mètres ne devrait pas être dépassée cette année. Le dépassement de cette cote pourrait survenir vers la mi-novembre, si on avait beaucoup de précipitations durant l’automne, mais de façon plus probable, elle ne serait pas atteinte », explique Francis Labbé, porte-parole d’hydro-québec. « Pour ce qui est de 2022, le remplissage dépendra des conditions de neige, des précipitations et du contexte de demande énergétique, poursuit-il. En ce moment, ce qu’on prévoit, c’est que le remplissage du réservoir ne pourrait se faire que selon des conditions de neige et de précipitations supérieures à la normale. » PLUS DE RÉSERVES Le Québec ne tombera pas « en panne » si le niveau souhaité n’est pas atteint en 2022. Mais à court terme, ces quelques mètres de plus, étalés sur un bassin d’une superficie de près de 2000 km2, feront augmenter les réserves, évitant ainsi l’achat d’électricité sur les marchés lors des pointes de consommation d’électricité. À moyen terme, ce rehaussement assurera la sécurité énergétique du Québec, qui fera face à une forte demande dans les cinq prochaines années, estime la société d’état. D’autant plus qu’elle n’a pas l’intention, du moins pour le moment, de construire de nouveaux barrages hydroélectriques. « On n’est pas dans une notion d’urgence. Mais il y a quand même la réalité que la demande en électricité augmente. Donc, s’il y a une fenêtre d’opportunité [d’importantes précipitations], il ne faut pas laisser passer l’occasion. Parce qu’on pense en avoir besoin de façon plus intense dans les prochaines années. Si on accueille plus de Google ou de Bitcoin tantôt, notre énergie va devenir en demande. Surtout si on électrifie notre réseau de transport », explique M. Labbée, ajoutant du même souffle que le contrat d’approvisionnement de New York a été conçu sous la base de la capacité actuelle. Hydro-québec ne compte pas s’en tenir au niveau de 355,9 mètres pour le réservoir Manicouagan, une cote qui n’a pas été atteinte depuis les années 1980. La société d’état attend l’autorisation du ministère québécois de l’environnement et de Pêches et Océans Canada pour porter le niveau du réservoir à 359,66 mètres. Cela représente le niveau maximal établi à la fin des années 1960, lors de la mise en service du barrage Daniel-johnson. Le tribunal n’avait pas statué sur ce niveau de 359 mètres, lors du litige avec Pessamit, demandant plutôt aux gouvernements de prendre la décision finale. La communauté innue s’est toujours opposée au rehaussement, même si le niveau visé avait été approuvé à l’époque. Elle plaide que l’inondation de certaines berges risque d’avoir un impact sur la faune qui s’est installée dans les dernières décennies.

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