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Le Quotidien - 2021-10-09

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TRAVERSER LA RIVIÈRE À PIED SEC

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CYNTHIA LAFLAMME claflamme@lescoops.ca Les Coops de l’information

Il y a des records plus réjouissants que d’autres. Plusieurs plans d’eau et rivières ont battu de tristes records, soit celui du plus bas niveau atteint depuis que ces données sont compilées. Des étiages plus intenses et plus longs que la normale ont des conséquences sur les écosystèmes et certaines activités humaines. L’étiage est la période de l’année où un cours d’eau est à son niveau le plus bas. Cette période a tendance à survenir de plus en plus tôt dans l’année. Ces étiages anormaux mettent les écosystèmes sous pression, selon le géographe Anthoni Barbe. « Les polluants dans l’eau se retrouvent plus concentrés et on observe une augmentation des températures de l’eau ; on a donc généralement une eau de moins bonne qualité. On a une perte de la qualité de l’habitat pour la faune et la flore, en plus d’une perte quantitative d’habitats, puisque la baisse d’eau transforme la rivière en un faible écoulement sur de la roche, avec des petites accumulations d’eau isolées. » Il donne en exemple la rivière aux Brochets, qui se jette dans le lac Champlain, et dont le niveau d’eau a fracassé un record... jeune de l’an dernier. En 2020, le plus bas niveau d’eau de l’histoire du cours d’eau était atteint à l’automne. Cette année, il a été atteint en été. En août, il était possible de la traverser à pied sans se mouiller. Avec de l’eau trop chaude et peu profonde, ce qui provoque un manque d’aération de l’eau, il est possible qu’il y ait de la surmortalité de poissons. ET S’IL NE NEIGE PAS ASSEZ ? Les précipitations ont été rares et faibles dans bien des régions du Québec depuis un an. Et si ce phénomène se poursuivait cet automne et à l’hiver ? « Si les précipitations hivernales et printanières sont encore faibles cette année, on pourrait s’attendre à battre d’autres records l’année prochaine, peut-être encore plus tôt, peut-être dans plus de cours d’eau, évalue M. Barbe, également responsable des communications pour l’organisme de bassin versant de la baie Missisquoi. Cela correspondrait aux prévisions des changements climatiques effectuées par le gouvernement du Québec pour l’estrie, à savoir des étiages plus forts à l’été et à l’automne, ainsi qu’une diminution des précipitations neigeuses en hiver. » Concrètement, les citoyens abreuvés par de l’eau provenant d’un puits privé pourraient avoir encore plus de difficulté à s’approvisionner, et cela encore plus tôt dans l’année. Même chose pour les entreprises agricoles et certaines municipalités. Il ajoute que les usages récréatifs des plans d’eau, comme les sports nautiques ou la nage, seront restreints par davantage de polluants, sans oublier que le niveau d’eau trop bas a fait fermer des marinas de façon précoce en 2020. « Pour la faune et la flore, ça veut dire une dégradation probable de la qualité des habitats, une surmortalité de certaines plantes, et aussi probablement la migration d’espèces plus tolérantes à ces nouvelles conditions. » Déjà, des cormorans sont arrivés au Québec et ont été observés sur le lac Memphrémagog, au lac Brome et près du fleuve Saintlaurent. Les dindons sauvages progressent également de plus en plus vers le nord. « On estime qu’avec les changements climatiques, les écosystèmes vont migrer vers le nord d’environ 70 kilomètres tous les 10 ans, d’où l’importance de protéger des corridors naturels nord-sud. » Les changements climatiques favorisent aussi la propagation d’espèces exotiques envahissantes, tels que les phragmites envahissants qui s’étendent et prennent de plus en plus d’espace dans l’écosystème, aux dépens des espèces locales. La chaleur, la sécheresse et les faibles précipitations de neige étant des facteurs importants, ces changements pourraient arriver plus ou moins rapidement, selon la suite des choses. « S’il manque encore de pluie et de neige, ça ira plus vite que si on a une année qui ressemble davantage aux conditions auxquelles nous sommes habitués. » OUEST DU QUÉBEC Dans l’ouest du Québec, le réservoir Baskatong est vital pour l’écosystème ainsi que pour des milliers de citoyens. Un observateur passionné du Baskatong, Jean-luc Lacroix, a observé des niveaux plus bas en 2021 par rapport aux quatre dernières années. Les eaux basses se réchauffent plus rapidement, ce qui influence la pêche sportive. « Le doré a frayé à la mi-avril, cette année, alors que la période normale tourne autour du 5 mai, expose Jean-luc Lacroix, de l’aire faunique communautaire (AFC) du réservoir Baskatong. L’arrivée du fourrage, soit la nourriture du poisson, était aussi devancée de trois semaines. » Ce dérèglement représente un des nombreux effets domino de la nouvelle réalité climatique. M. Lacroix confirme que les niveaux des nombreux lacs situés autour du réservoir étaient aussi plus bas cette année. Les eaux du Baskatong regorgent non seulement d’espèces animales et végétales précieuses, mais elles abreuvent aussi de nombreux citoyens de la région. Elles coulent par la rivière Gatineau, jusqu’à la quatrième ville du Québec portant le même nom. Le Baskatong est une « chaudière » permettant de gérer les débits d’eau et les crues printanières en aval. Les sécheresses printanières et estivales ont eu des répercussions sur les niveaux du réservoir, mais sans provoquer de record, selon M. Lacroix.

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