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Le Quotidien - 2021-10-09

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DES SÉQUELLES INSOUPÇONNÉES

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COVID LONGUE THÉA RIBAULT ribaulthea@gmail.com — PHOTO LA PIGE, WILLIAM THÉRIAULT

Johann Hamel, un homme de 45 ans originaire d’arvida, a reçu un test positif à la COVID-19 en novembre 2020. Aujourd’hui, le père de famille n’a toujours pas retrouvé sa vie d’avant. Il souffre de la COVID longue, une maladie qu’il estime trop méconnue pour le nombre de personnes qu’elle touche. La COVID longue est un syndrome affectant les personnes qui ont eu la COVID et qui n’en guérissent pas totalement. Plusieurs mois après l’infection, les patients gardent des symptômes cardiaques, respiratoires, musculaires et cognitifs, entre autres, qui les empêchent de reprendre une vie normale. « J’ai des essoufflements et des problèmes au coeur, décrit Johann Hamel. Même la lecture, à un moment, est devenue difficile. Je lisais des histoires à mes enfants, je reconnaissais les mots, mais je n’étais pas capable de les dire. » En plus de subir de lourds symptômes, le Saguenéen a dû réadapter tout son mode de vie. « J’ai commencé à commettre des erreurs au travail. À partir de là, les gens se sont rendu compte que ça n’allait pas », témoigne-t-il. Depuis, il continue de travailler, mais ses tâches ont été allégées. Sylvie Coulombe, de Chicoutimi, a attrapé le virus de la COVID le 24 décembre 2020. Après plusieurs complications, elle a dû être plongée dans un coma artificiel, le 2 janvier. Elle s’est réveillée 10 jours plus tard. Elle décrit une réadaptation corporelle difficile, mais habituelle pour quelqu’un qui sort du coma. Ce qui est moins habituel en revanche, c’est la persistance de symptômes handicapants six mois après l’infection. « Certaines journées, j’ai l’impression que dès que je touche quelque chose, même une couverture, mes doigts vont casser. Je ressens une vraie douleur de fracture », confie la travailleuse sociale de 44 ans. Il n’est pas nécessaire d’avoir mal vécu la période d’infection à la COVID pour contracter des symptômes de COVID longue. Pour Stéphanie Bellefleur, ce sont des symptômes moins « violents », mais l’histoire est sensiblement la même. « J’étais persuadée que si je n’allais pas aux soins intensifs, j’allais juste guérir, puis reprendre ma vie normale », avoue celle qui est aussi médecin urgentiste à l’hôpital de Chicoutimi. Tous les trois présentent un point commun : l’immense fatigue physique ressentie au moindre effort. « Parfois, juste faire des activités normales à la maison avec les enfants, ça peut entraîner une grande fatigue qui va persister sur plusieurs jours, raconte Stéphanie Bellefeur. J’ai aussi des difficultés à faire des choses dans un environnement bruyant, ou quand il faut gérer plusieurs stimuli extérieurs. » Les déplacements naturels demandent beaucoup plus d’efforts. « Monter les escaliers, au début, c’était un fardeau incroyable. Je devais m’arrêter en haut et me reposer plusieurs minutes. Après un peu de remise en forme, ça s’est amélioré, mais ce n’est pas mon énergie d’avant », raconte Johann Hamel. Cette énorme fatigue explique pourquoi les patients atteints de la COVID longue ne peuvent pas retourner au travail, comme Stéphanie Belleleur, arrêtée depuis mars. Pour Sylvie Coulombe, les efforts à donner étaient décuplés. « En mars, mon traitement a été centré sur la gestion de mon énergie. J’ai vu que je progressais, que j’arrivais à marcher davantage. Puis, malheureusement, au mois d’août, j’ai fait une journée trop grosse pour ce que j’étais capable, j’ai mal écouté mon énergie. Depuis ce temps, je suis constamment dans un malaise post-effort qui ne disparaît pas. Il m’a suffi d’une journée pour enlever tous les progrès que j’avais faits depuis six mois. » Selon les témoignages, la COVID longue exige un combat constant, autant physique que psychologique.

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