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Le Quotidien - 2021-10-09

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L’évolution des esprits

ÉDITORIAL

DANIEL CÔTÉ dcote@lequotidien.com

Quel lien existe-t-il entre les 20 ans de La Voie Maltée, la nouvelle vocation du couvent des Servantes du Très-saintsacrement et le malaise causé par le premier ministre François Legault, qui refuse de reconnaître que les Premières Nations sont victimes de racisme systémique ? La réponse n’a rien de sorcier. Elle trouve son ancrage dans l’évolution des esprits, un phénomène qui embrasse plusieurs dimensions de la vie. Dans un reportage publié jeudi, le cofondateur de La Voie Maltée, Daniel Giguère, est revenu sur l’ouverture du premier établissement sur la rue Saint-dominique, à Jonquière. Le concept de la microbrasserie était si nouveau chez nous qu’une dégustation avait été organisée en amont, au Pavillon sportif de l’université du Québec à Chicoutimi. Les réactions favorables avaient encouragé la petite équipe à foncer. En ces temps héroïques, il fallait du cran pour offrir des produits différents de ceux des grandes marques. Même une blonde d’entrée de gamme, pas trop maline, pouvait heurter les palais peu aventureux. Pourtant, la greffe a collé, ce qui a permis d’explorer avec succès le marché de la canette, tout en ouvrant d’autres places d’affaires, notamment à Québec. Ce qui était exotique est désormais familier, tellement que notre région est devenue une destination prisée par les biérophiles. Toujours cette semaine, la ministre des Affaires municipales et de l’habitation, Andrée Laforest, a annoncé la reconversion du couvent des Servantes du Très-saint-sacrement. Bientôt, ce bâtiment construit en 1905, sur les plans de l’architecte René-p. Lemay, deviendra le nouveau home de la Maison d’accueil pour sans-abri de Chicoutimi. Elle jouira d’espaces plus spacieux, à un moment où la demande dépasse ses capacités d’hébergement. « On va pouvoir accueillir une vingtaine de personnes supplémentaires », s’est réjoui son directeur général, Michel Saint-gelais. Quant à la ministre, qui est également députée de Chicoutimi, elle voit se concrétiser un projet qui, manifestement, lui tenait à coeur. La recherche d’un nouveau toit fut longue, en effet, avant de trouver une conclusion heureuse.« J’ai fait la rue Racine de bas en haut et de haut en bas, plusieurs fois », a-t-elle raconté. La solution dévoilée lundi est tout en son honneur, puisqu’elle répond à un besoin criant, tout en prévenant la destruction de l’un des plus jolis bâtiments de la ville. Il renferme une chapelle magnifique, ornée de vitraux créés par Nincheri, mais il n’y a pas si longtemps, on l’aurait démoli sans états d’âme, au nom d’une conception tordue du progrès. Comme le théâtre Capitol. Comme la maison Bossé. On ose croire que là aussi, l’évolution des esprits a nourri la réflexion de la ministre. Les marchands de laideur l’ont moins facile, et c’est tant mieux. Bien que la vigilance reste de mise, le fait qu’il soit devenu politiquement acceptable de sauver un joyau patrimonial tel le couvent constitue un progrès. Prenons donc le temps de le saluer, ne seraitce que pour s’immuniser contre le cynisme ambiant. Rien n’étant parfait en ce bas monde, le chef de la communauté innue de Mashteuiatsh, Gilbert Dominique, est revenu sur les suites à donner à la mort de Joyce Echaquan. D’accord avec la coroner qui a enquêté sur cette tragédie, il l’attribue au racisme systémique que subissent les Premières Nations. « C’est une étape importante. Il faut se rendre à l’évidence », a confié le chef au Quotidien. Le vent de l’histoire souffle dans le même sens, tant l’opinion est choquée par cette affaire à laquelle se superpose le drame des pensionnats. La conscience collective est rendue ailleurs, d’où l’incompréhension que suscite l’attitude du premier ministre, à laquelle se moule le chef du Parti québécois. Ça sent le positionnement, alors que le temps n’est plus aux finasseries politiciennes. Après avoir jeté un regard neuf sur la question, les Québécois ont fait un choix moral. Il convient d’honorer cette nouvelle évolution des esprits.

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