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Le Quotidien - 2021-10-09

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Legault rêve déjà d’un troisième mandat... Pourquoi?

CHRONIQUE

JEAN-MARC SALVET jsalvet@lesoleil.com

François Legault a assuré cette semaine que s’il est réélu premier ministre du Québec en 2022, il ira au bout de ce deuxième mandat. Sur sa lancée, il a ajouté qu’il se voyait même accomplir un troisième mandat à la tête du gouvernement du Québec – si les Québécois le réélisent en 2026 et s’il en a la santé. Il n’en fallait pas plus pour faire rêver certains souverainistes… Pourquoi cette déclaration de M. Legault ? Parce qu’en décembre 2019, dans une entrevue à La Presse canadienne, il avait laissé entendre qu’il pourrait ne pas terminer un éventuel deuxième mandat ; qu’il pourrait abandonner ses fonctions à mi-parcours. C’était aussi renversant qu’inédit. Plus tard, ce jour-là, dans les couloirs de l’assemblée nationale, il avait cherché à rattraper le coup en indiquant qu’il irait au bout de ce deuxième mandat, tout en précisant toutefois qu’il ne chercherait pas à en solliciter un troisième… À ce moment-là, c’était donc, au fond, « deux mandats pas plus ». Ce que l’on peut dire à un moment sur un sujet comme celui-là peut facilement être mis de côté à un autre. Lorsqu’il a fondé la Coalition avenir Québec (CAQ), en 2011, François Legault pensait revenir en politique pour une période de 10 ans tout au plus. Jusqu’à... aujourd’hui, autrement dit. Des paroles comme celles-là sont des vérités au moment où elles sont dites. Si une chose est certaine, c’est que M. Legault devra un jour ou l’autre faire face à l’addition des mécontents que charrie le simple écoulement du temps. Le populaire chef caquiste devra composer avec cette situation à un moment ou l’autre. Voilà qui pourrait éventuellement freiner ses ardeurs d’aujourd’hui, aussi sincères soient-elles. La question du nombre de mandats a déjà suscité un vrai débat politique au Québec. En décembre 2010, peinant dans les intentions de vote et cherchant à marquer l’opinion publique, la péquiste Pauline Marois, alors dans l’opposition, avait proposé de limiter à deux le nombre de mandats pour les premiers ministres du Québec. Une fois première ministre, elle a jeté ce projet aux oubliettes. Pour deux raisons : parce que son gouvernement était minoritaire et parce que c’était une mauvaise idée. Ce n’est pas parce qu’un plafond de deux mandats existe pour le président américain que la démocratie doit être réglementée de la même manière partout. François Legault sera bien libre de solliciter le nombre de mandats qu’il souhaite, tout comme ses adversaires le sont et le seront. Les électeurs trancheront. Le chef caquiste a expliqué qu’au cours des prochaines années, il aimerait rendre les Québécois « encore plus fiers d’être Québécois ». Et aller plus loin dans son objectif phare, celui de réduire l’écart de richesse du Québec par rapport à l’ontario, au reste du Canada et à l’amérique du Nord. Des objectifs que d’anciens péquistes passés à la CAQ jugent essentiels pour donner ou redonner à un nombre important de Québécois le goût de l’indépendance. Les fédéralistes-caquistes voient évidemment les choses d’un autre oeil. Ces caquistes souverainistes estiment que plus M. Legault restera longtemps en poste, plus l’objectif de la souveraineté pourra redevenir une possibilité. Au fond, ce que cela nous dit surtout, c’est qu’ils voient M. Legault être davantage en mesure de rapprocher le Québec de cet objectif que le Parti québécois, dont ils sont pourtant issus et dont c’est le but premier. LE 19 OCTOBRE François Legault a décidé de tirer un trait sur l’actuelle session parlementaire pour en démarrer une autre le 19 octobre. Il l’aurait fait plus tôt si la pandémie l’avait permis. En procédant ainsi, le chef du gouvernement québécois veut réactualiser ses priorités et son message en vue des prochaines élections générales. Il dit vouloir préparer le Québec à l’après-pandémie. Une opération comme celle-là est essentiellement de l’ordre de la communication. Inaugurer une nouvelle session parlementaire n’a rien à voir avec le fond des choses. On n’a pas besoin de passer par là pour présenter de nouveaux projets de loi ou pour en jeter à la poubelle. M. Legault l’a d’ailleurs lui-même démontré jeudi en révélant que son projet de réforme du mode de scrutin n’ira pas plus loin dans le processus parlementaire. Dans le discours d’ouverture qu’il livrera, il sera question d’éducation, de santé, d’environnement, d’économie, de « bonne gestion » et de « fierté » (avec le triptyque laïcité, langue et culture). Les premiers de ces éléments sont des classiques. Ils figurent toujours au menu de ce genre d’exercice. Cette fois-ci, cependant, plusieurs de ces thèmes seront traversés par l’ombre des pénuries de main-d’oeuvre. M. Legault voudra dire aux Québécois qu’il s’agit d’un défi auquel bien d’autres sociétés occidentales sont confrontées et expliquer comment son gouvernement entend faire face à cette situation inédite. L’avantage que l’on peut voir dans l’entourage de M. Legault de passer par un nouveau discours d’ouverture repose sur l’espoir d’être jugé à l’orée du prochain scrutin non seulement sur le programme avec lequel la CAQ a été élue en 2018, mais sur les éléments qui figureront dans cette allocution.

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