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Le Quotidien - 2021-10-09

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PAS DE GRAPHÈNE DANS LES VACCINS

REMERCIEMENTS / IN MEMORIAM

JEAN-FRANÇOIS CLICHE jfcliche@lesoleil.com

L’AFFIRMATION « J’ai entendu parler de la présence de graphène dans le vaccin de Pfizer qui aurait été trouvé par un médecin espagnol, mais plusieurs en doutent. Ce serait des antivaccins qui véhiculeraient cette idée, mais j’aimerais en avoir le coeur net et il me semble que ce serait intéressant et important d’informer les gens qui acceptent de se faire vacciner de savoir ce qu’on leur injecte dans le bras », demande Jocelyne Lavallée, de Saint-hubert. LES FAITS Le graphène est un matériau très spécial, c’est le moins qu’on puisse dire. Il est fait uniquement d’atomes de carbone agencés en un « feuillet » faisant un seul atome d’épaisseur. Lorsqu’il se présente sous cette forme, le carbone a toutes sortes de propriétés physico-chimiques extraordinaires, notamment du point de vue de la conduction électrique et de la solidité – mais ça, c’est un sujet pour une autre chronique. En ce qui concerne le vaccin de Pfizer, c’est en vain qu’on le chercherait dans la liste des ingrédients, que l’on peut consulter sur le site de Santé Canada [https ://bit.ly/3ifrwso] : il n’en fait pas partie. Mais la rumeur court néanmoins depuis des mois qu’il y aurait en réalité pas mal de graphène – et plus précisément de l’oxyde de graphène – dans le vaccin de Pfizer, et possiblement dans les autres. En soi, ce ne serait pas nécessairement très inquiétant puisque le graphène (ou son oxyde) n’est, de manière générale, pas particulièrement toxique. Mais des revues de littérature récentes sur le sujet publiées dans Biomed Research International [https ://bit.ly/2yqbv7c] et dans Particle and Fibre Toxicology [https ://bit.ly/3ih3jez] lui ont quand même trouvé un certain degré de toxicité qui peut varier selon la forme que prend le graphène – et de manières qui ne sont pas encore toutes bien comprises. Il n’y a donc pas de quoi paniquer, mais cela rend la question pertinente. Alors voyons voir si on a de bonnes raisons de penser qu’il y a du graphène dans les vaccins... La rumeur émane d’un chercheur espagnol, Pablo Campra Madrid, qui a examiné une fiole du vaccin de Pfizer sous microscope et qui a publié ses résultats en juin dernier [https :// bit.ly/3ahyn5t]. Il en a tiré des images qu’il a ensuite comparées à d’autres images microscopiques de graphène publiées dans des revues savantes. Et il a trouvé dans le vaccin des formes plates qui « ressemblent » à des feuillets de graphène. Maintenant, si un certain degré de ressemblance entre deux images prises au microscope semble être une preuve assez mince, voire très mince, c’est parce que ça l’est. « Il est impossible d’utiliser la microscopie électronique seule pour affirmer ou infirmer la présence de graphène dans un échantillon. Des matériaux qui se présentent sous forme de feuillets, il y en a des tonnes », avertit Jean-françois Morin, chercheur en chimie à l’université Laval qui mène des travaux sur le graphène depuis des années. Par exemple, illustre-t-il, « je suis impliqué dans un projet de recherche avec une collègue dans lequel nous fabriquons des [nanofeuillets] qui ressemblent en tout point à du graphène sous le microscope. Et pourtant, aucun graphène n’est présent. […] En microscopie, c’est simple, tu peux toujours finir par voir ce que tu veux voir. C’est un running gag dans le domaine. Apporte-moi un échantillon d’eau de ton évier et je te garantis que je vais y trouver des motifs qui ressemblent à des feuillets de graphène ». M. Morin, qui a examiné les images prises par M. Campra, n’y voit absolument aucune preuve de la présence de graphène. À l’inverse, nuance-t-il, cela ne prouve pas non plus qu’il n’y en a pas, mais il reste que cette démonstration demande une série de tests qui sont absents des travaux de M. Campra. Celui-ci, notons-le, a publié une « clarification » en juillet [https :// bit.ly/3mbqp9v], où il admet que ses résultats initiaux ne sont « pas encore concluants » et que des analyses subséquentes ont montré qu’une grande partie de ce qu’il soupçonnait d’être du graphène était en réalité... une forme de sucre, dont on savait déjà qu’elle faisait partie des ingrédients du vaccin de Pfizer. Toutefois, il se dit encore convaincu qu’il faut pousser plus loin les analyses afin de s’assurer que le vaccin ne contient pas d’ingrédients imprévus ou cachés. VERDICT Faux, jusqu’à preuve du contraire. Rien dans les travaux de M. Campra ne démontre ni même n’est proche de démontrer la présence de graphène dans le vaccin de Pfizer.

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