Publication:

Le Quotidien - 2021-10-09

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En pause (partielle) depuis trois ans

ENTRE ELLE ET LUI

NORMAND BOIVIN nboivn@lequotidien.com NORMAND BOIVIN

J’aurais aimé dire, comme bien du monde, que la panne générale de Facebook, lundi, fut un beau répit ; que ça m’a permis de me reconnecter avec la « vraie vie », de découvrir que j’ai une conjointe et des enfants ; que ça m’a rappelé que ce n’est pas vrai que Donald Trump s’est fait voler l’élection, que le vaccin ANTI-COVID ne contient pas des puces contrôlées par la 5G et que les Hommes sont vraiment allés sur la Lune. Non, je n’ai pas eu ce plaisir, parce que je ne suis pas connecté à Facebook. Ça fera trois ans, ce mois-ci, que j’ai suspendu mon compte personnel. J’ai dû me fabriquer un faux compte, avec un faux nom, cependant, pour les besoins de mon travail, car en raison de la pandémie, nos bureaux étant toujours plus ou moins accessibles, Facebook est notre salle de rédaction virtuelle. Là où on échange des idées. Mais je le fréquente peu et que pour des raisons professionnelles, puisque je n’accepte aucun ami. Je suis seul sur la planète virtuelle. Ainsi, mon seul souhait, lundi, fut que Facebook ne revienne jamais. Que la patente de Mark Zuckerberg ait explosé et soit reléguée au monde des chimères. D’autant plus qu’on vient d’apprendre que Facebook, qui se drape dans la vertu en éliminant les publications hostiles et les fausses nouvelles, n’agit que pour sauver les apparences. Ses opérateurs manipuleraient les algorithmes pour ne pas tout censurer et faire monter la pression. C’est un secret de Polichinelle que la controverse fait vendre. Les animateurs de radiospoubelles le savent depuis longtemps et les dirigeants de Facebook ne sont pas plus fous que les autres. Et Facebook, que Zuckerberg disait avoir créé pour rapprocher les gens, est devenu une grosse machine à fric, qui divise pour régner et vendre sa publicité. En fin de compte, les gens ne vont pas sur Facebook pour voir des vidéos de chats, mais pour vider leur sac de leur surplus de haine et de frustration. Je n’ai pas fermé définitivement mon compte Facebook pour une seule raison : garder mon accès à Messenger. Ça, je l’utilise beaucoup. Il nous permet de communiquer avec les gens qui nous intéressent, sans que des intrus viennent y mettre leur nez. On ne se chicane pas sur Messenger. On s’envoie des photos et des vidéos des enfants, de la parenté, des amis, et seul le destinataire peut les voir. Ça reste dans le domaine de la vie privée. Et ça, je ne m’en passerais pas. C’est utile pour mon travail, quand je veux communiquer avec des collègues ou des sources, ou pour mener les affaires familiales. Je ne compte plus le nombre de groupes que j’ai créés ou dont je fais partie. Tous les jours, j’ai une photo ou une vidéo de mon petitfils, quelque chose qui sera encore plus précieux à compter de mercredi, alors qu’il partira avec ses parents s’installer à Winnipeg. La séparation est déjà difficile, mais on pourra au moins garder le contact. Les réseaux sociaux, ça ne devrait pas servir à autre chose.

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