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Le Quotidien - 2021-10-09

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DEUX ANS APRÈS, VOICI L’OPÉRA L’ORANGERAIE

ARTS

ADAPTATION DU ROMAN DE LARRY TREMBLAY DANIEL CÔTÉ dcote@lequotidien.com — ARCHIVES LE PROGRÈS, MICHEL TREMBLAY

«Quand j’étais tout petit, on recevait une orange à Noël. Moi, cette année, j’aurai L’orangeraie », lance Larry Tremblay d’un ton enjoué. Le dramaturge se trouvait à Paris lorsque l’entrevue téléphonique a été réalisée, plus tôt cette semaine. Lui qui complète une tournée de promotion centrée sur sa nouvelle oeuvre de fiction, Tableau final de l’amour, retrouvera au Québec le chantier de L’orangeraie. Produit par la compagnie lyrique Chants libres, l’opéra tiré du roman du même nom tiendra l’affiche pour la première fois le 19 octobre, à Montréal. Trois représentations seront données au Monument-national, prélude à un séjour au Diamant de Québec, les 5 et 6 novembre. Pour Larry Tremblay et les autres membres de l’équipe, dont le compositeur Zad Moultaka, il s’agit d’un plaisir reporté. « Nous devions créer ce spectacle il y a deux ans, mais la pandémie est arrivée, rappelle-t-il. Ensuite, Chants Libres a sorti Prélude à l’opéra, un extrait diffusé l’automne dernier et que j’ai beaucoup aimé. Ce projet a permis de garder les choses actives. » Il a apprécié la musique, entre autres, laquelle emprunte des accents contemporains auxquels se mêle un je-ne-sais-quoi d’oriental. C’est d’autant plus approprié que l’histoire se déroule au Moyen-orient, dans un pays qui n’est pas précisé. Rappelons que le roman s’ouvre sur un drame, soit le décès du grand-père des jumeaux Amed et Aziz. Comme il a été victime d’un obus lancé sur son orangeraie, le père des garçons doit déterminer lequel des deux vengera cet affront en se transformant en kamikaze. Or, même celui qui a échappé à cette fatalité ne sortira pas indemne du cercle de la violence dans lequel sa famille s’est enfermée. Dix ans plus tard, cette affaire continuera de le hanter, ainsi que le découvrira le public du Monument-national et du Diamant. La différence est que dans ce contexte, les choses ne seront pas exprimées de la même manière que dans le livre. « La tragédie va beaucoup passer par la musique. Il fallait donc que le livret soit humble », exprime joliment Larry Tremblay. Dans le même élan, il souligne le lyrisme des compositions de Zad Moultaka, de même que sa propension à placer les percussions à l’avant-plan. Ajoutez les passages au ton psalmodique, dont certains font penser aux chants de l’église orthodoxe russe, et vous obtenez une partition que l’écrivain juge très puissante. Il est donc confiant en vue des premières sorties publiques, sans toutefois afficher une sérénité inoxydable. « Toute création provoque de la fébrilité mêlée à de l’excitation, confie l’écrivain. C’est le cas au théâtre, de même qu’à l’opéra, où le défi est cependant différent. C’est un art qui englobe tellement de choses, tout en étant moins populaire. Je réalise que ça peut faire peur aux gens qui n’y vont pas, même si on relatera la même histoire que dans le roman. J’ai seulement accentué l’importance du rôle de Dalimah, la soeur de Tamara, mère des jumeaux. J’ai souhaité le faire parce que L’orangeraie constitue essentiellement un monde d’hommes. » D’autres changements, par rapport au texte original, ont tenu compte du langage propre à l’opéra. Dans cet univers où la même ligne est répétée plusieurs fois, il importait d’élaguer. Et puis, il a fallu remplacer les mots trop difficiles à chanter, un exercice auquel Larry Tremblay s’est prêté de bonne grâce. À ce stade-ci, il est donc optimiste, comme on l’a mentionné tantôt, mais ne sera complètement rassuré qu’au moment où l’oeuvre atteindra sa pleine dimension. « Puisqu’il s’agit d’une création, tant que je ne l’aurai pas vue avec les décors et les costumes, il restera une part d’inconnu », estime l’écrivain.

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