Publication:

Le Quotidien - 2021-10-09

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LE TOUR DU QUÉBEC EN 145 GINS

RÉGAL

FRANCIS HIGGINS fhiggins@lesoleil.com

Le tour du Québec en 145 gins Le gros gin a depuis longtemps mérité ses lettres de gloire au Québec, où sa popularité et sa versatilité ne sont plus à prouver. C’est sans doute pourquoi tant de producteurs d’ici se lancent dans sa confection. Pour voir clair dans cette offre locale en pleine explosion, le mixologue Patrice Plante, que vous lisez chaque semaine dans Le Mag sous le pseudonyme Monsieur Cocktail, signe un livre – une bible – sur cette populaire eau-de-vie. Faudra-t-il désormais le surnommer Monsieur Gin ? Q Aviez-vous l’ambition d’écrire la bible du gin québécois ? R « Tout à fait. Mais comme on ne voulait pas toucher au sujet des accommodements raisonnables et de la laïcité, on n’a pas appelé ça une bible ! [rires] Je ne voulais pas faire une encyclopédie pleine d’informations pointues, qui n’apportait pas quelque chose de concret au quotidien. Pour moi, c’est une boîte à outils pour ramener le plaisir dans ce tsunami de nouveaux produits locaux qui sortent sur le marché à vitesse grand V. On offre une myriade de renseignements, des accords, des recettes, etc. » Q Pourquoi le gin plutôt qu’un autre alcool? R « Je me rappelle mes oncles et mon grand-père qui buvaient leur gros gin au sous-sol. Le Québec a toujours été un marché très important pour le gin. On a une relation profonde avec cet alcool. Moi, je suis tombé amoureux du gin avec les classiques anglais, avec le Tanqueray et le Beefeater. Quand un gin est un classique ou me fait voyager dans une région du Québec, j’aime beaucoup ça. » Q Qu’avez-vous découvert au fil de vos dégustations ? R « Il n’y a aucune loi ou appellation au Canada. Dès qu’on met une baie de genièvre dans 1000 litres d’alcool, on peut appeler ça du gin. Ça doit être aromatisé au genièvre, sans avoir besoin de le goûter, étrangement. » Q Alors, qu’est-ce qu’un vrai gin, selon vous ? R « Un gin pour moi est l’expression du genièvre dans l’alcool. Selon sa distillation, son terroir, la température de l’alambic, sa macération, il donnera des notes boisées, poivrées, sapinées, camphrées ou citronnées. Le genièvre est un aromate trippant. Donc, un gin doit nécessairement en manifester une composante. Ce qui n’est pas le cas du tout sur le marché, en général. » Q Le gin québécois a-t-il une identité propre? R « Je m’intéresse beaucoup à ce qui se fait en région, en Gaspésie ou dans Charlevoix, parce que j’y retrouve le terroir : des gins à base de bleuets, de pommes, tourbés, aux algues, etc. Le gin québécois est un monde à lui seul. L’identité québécoise se situe autour du type 4 [une classification de son livre] : ce sont des gins faits avec des aromates sauvages du terroir local. Si un producteur distille avec un grain et le sirop d’érable de sa terre, avec des aromates qui poussent chez lui, on s’approche d’une recherche d’identité. Certains vont plus loin et remplacent les aromates classiques par des ingrédients québécois. Tout est dans la démarche. Dans ce sens, oui, il y a des gins plus québécois que d’autres. » Q En quoi ont consisté vos recherches ? R « On a analysé 100 % des gins disponibles à la SAQ ainsi que tous les petits gins vieillis en vignobles, en cidreries, etc. On en a analysé 145, mais il devrait y en avoir plus de 200 sur le marché d’ici la fin de l’année. On a ratissé large avec des critères de dégustation excessivement rigoureux. Le projet était si énergivore que j’ai dû recruter une armée de monde pendant cinq mois, à déguster – quatre fois plutôt qu’une – avec moi via Zoom. » « Pour aider le consommateur à s’y retrouver, on a créé une classification et des profils aromatiques. Je sais que l’industrie va me varloper et que certains producteurs seront déçus. Ils croyaient faire un gin classique, mais nous l’avons classé dans les gins expérimentaux, par exemple. Mais c’était nécessaire, même si notre but n’est pas de susciter un débat. » Q Comment peut-on utiliser au mieux votre livre ? R « Je voulais offrir un outil pour que la personne puisse maximiser son plaisir avec chaque produit. Même si je n’aime pas un gin en particulier, je me suis donné comme défi de trouver les ingrédients qui se mélangent bien avec lui, les cocktails classiques qui fonctionnent avec lui. Je ne suis pas là pour juger ce que les gens aiment. Si une personne aime un gin, elle trouvera dans mon livre les façons d’en tirer le meilleur. C’est ça mon métier. »

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